Interview 

La Ligue centenaire
Liguée contre le cancer

Par Christophe Raffaillac |  Le 22/02/2018

Ses combats quotidiens résonnent comme des messages d'espoir auprès des malades. Après un siècle au service de la recherche, La Ligue veut plus que jamais se mobiliser, comme en témoigne Valérie Guérin, Déléguée aux libéralités et assurances-vie.

Comment est née la Ligue contre le cancer ?

Valérie Guérin : Le 14 mars 1918, Justin Godart, après avoir été sous-secrétaire d'État à la Santé entre 1915 et 1918,  fonde la Ligue franco-anglo-américaine contre le cancer afin de lutter contre cette maladie qu'il considère comme un
« péril social ». Dès la création de la Ligue, Justin Godart prend en compte la personne malade et pas seulement la maladie. L'association est reconnue d'utilité publique en 1920. Le premier Comité provincial ouvre ses portes à Lyon, ville de Justin Godart, en 1922. C'est le début de l'implantation sur tout le territoire. Aujourd'hui, la Ligue reste la seule association à être présente au plus près des personnes malades partout en France, à l'écoute de leurs besoins et de leurs attentes, au travers de ses 103 Comités départementaux en métropole et en Outre-mer. Visionnaire, le premier président de la Ligue reste une figure marquante de l'association : ses valeurs et son héritage imprègnent encore aujourd'hui les actions de la Ligue contre le cancer.

Quelles sont les principales missions de la Ligue ?

Valérie Guérin : La Ligue est le seul acteur indépendant à posséder une vue d'ensemble et à avoir une approche globale du cancer en intervenant dans quatre directions complémentaires :
-    financement de la recherche contre le cancer : la Ligue est le 1er financeur privé et indépendant de la recherche contre le cancer en France ;
-    prévention et promotion des dépistages ;
-    actions auprès des personnes malades et de leurs proches ;
-    mobilisation de la société face au cancer.
Aujourd'hui, plus que jamais, les combats sont nombreux : développer les thérapies innovantes, lutter contre l'exclusion et la précarisation des personnes malades, les accompagner au quotidien... Notre capacité à innover et à anticiper les combats à mener restera notre force pour les années à venir.

Comment peut-on léguer à la Ligue contre le cancer ?

Valérie Guérin : Toute personne qui souhaite faire un legs à la Ligue contre le cancer doit rédiger un testament. Dans cet acte, la personne exprime ses dernières volontés en mettant à disposition tout ou partie de ses biens. Il est toutefois utile de se faire assister d'un notaire, pour une parfaite rédaction de celui-ci. Un legs peut être constitué de biens mobiliers et/ou immobiliers. S'il existe des héritiers réservataires, seule une fraction du patrimoine dénommée « quotité disponible » peut être léguée à la Ligue.

Pouvez-vous nous donner quelques moments ou événements clés (mémorables ou émouvants….) qui ont marqué la Ligue depuis sa création ?

Valérie Guérin : Parmi les événements les plus récents, en 1998, la Ligue contre le cancer a perçu la nécessité de donner la parole aux malades atteints de cancer pour que s'engage un début de réflexion sur la situation sociale du malade, son isolement, ses souffrances, sur les conditions d'accès aux soins, les traitements, sur ses relations entretenues avec les équipes soignantes, sur sa réinsertion familiale et socio-économique. Le 28 novembre, date des 1ers États généraux des malades atteints de cancer, marque le début d'une révolution.Depuis cette date, la Ligue contre le cancer s'impose comme le véritable porte-parole des personnes malades et de leurs proches pour améliorer la qualité de vie pendant et après les soins. Notons aussi qu'au cours de ces deux dernières décennies, la Ligue a initié le programme « Enfants, adolescents, jeunes adultes et cancer », l'organisation de la 1re Convention de la société face au cancer ou encore l'instauration du Droit à l'oubli.

Quelles sont les manifestations ou évènements prévus pour célébrer cet anniversaire ?

Valérie Guérin : Grâce aux ligueurs, notre association joue un rôle important dans la société, pour et avec la population, depuis 100 ans. Aussi, pour la Ligue, 2018 se présente, non pas comme une finalité, mais comme un nouvel élan. Notre centenaire sera célébré, le 14 mars, à la Cité des sciences et de l'industrie à Paris, en réunissant un maximum de personnes. Cette manifestation est ouverte à tous.
Le 9 juin, à midi, nous marquerons l'événement en faisant cent secondes de bruit contre le cancer partout en France.
Puis, le 21 novembre, à Paris, nous organiserons les 1ers États généraux de la prévention des cancers. 2018 est la bonne année pour tenir ces États généraux, parce que c'est notre centenaire, mais aussi parce que les autorités publiques font de la prévention en santé une priorité nationale.
Nous souhaitons que ces États généraux, réunissant experts, personnes malades, membres de la société civile, aient un impact fondamental, au même titre que les États généraux des malades atteints de cancer de 1998. L'objectif : présenter aux autorités publiques des propositions d'actions en prévention qui soient efficaces et équitables durant les 5 à 10 années à venir.

Quels sont les projets de la Ligue pour les prochaines années ?

Valérie Guérin : La prévention est un combat qui va prendre une dimension inédite en 2018. Nous allons évidemment maintenir et accroître nos efforts pour soutenir la recherche, car il s'agit de continuer à favoriser l'émergence de nouveaux progrès thérapeutiques. Mais ces progrès s'accompagnent d'un nouveau défi : le prix des médicaments anticancéreux innovants. Nous allons poursuivre notre combat contre leur coût exorbitant qui menace notre système de santé et la Sécurité sociale. En effet, plus les travaux de recherche avancent, plus on se rend compte que pour atteindre une efficacité maximale de traitement, il faut combiner plusieurs médicaments… et le prix du traitement explose. Nous demandons que les usagers puissent être membres actifs de ces négociations et y apporter leur connaissance de la vie réelle.
Et toujours, nous veillerons à protéger le mieux possible les personnes malades et leur entourage, autant pendant qu'après la maladie.

Propos recueillis le 08/02/2018